Une légende urbaine : les 40.000 prostituées d’Europe de l’Est importées en Allemagne pour la coupe du monde de football

Source: http://endehors.net/news/une-legende-urbaine-les-40-000-prostituees-d-europe-de-l-est-importees-en-allemagne-pour-la-coupe-du-monde-de-football

Une légende urbaine : les 40.000 prostituées d’Europe de l’Est importées en Allemagne pour la coupe du monde de football.
–> Histoire et trajectoire politique d’une légende victimiste

En France particulièrement, tout ce qui touche à la sexualité est occasion de scandale, de mobilisation des bonnes âmes, voir de véritable chasse aux sorcières en particulier dès qu’il est question de « réseaux », mot magique qui mobilise les fantasmes des foules. Le point culminant de cette « peste sociale » a sans doute été atteint dans l’affaire d’Outreau où l’imaginaire collectif a crée de toute pièce un réseau de pédophiles qui s’est révélé n’être que pure invention mais plus réel que la réalité elle-même.
Le réseau fait recette et mobilise les imaginaires. Les médias dominants en sont friands pour sidérer un peu plus les populations et les divertir des préoccupations trop quotidiennes, accessoirement cela fait vendre, ce qui n’est pas négligeable.
Le réseau est comme l’on dit en langage marchand, un « concept porteur », on l’a vu à l’occasion de l’hystérie collective d’Outreau mais d’autres réseaux produisent les mêmes effets puisqu’ils se composent du même ingrédient : le sexe.
Le réseau prostitutionnel a les mêmes capacités de réveiller les fantasmes collectifs que le réseau pédophile et l’on va voir qu’il est capable de mobiliser des coalitions assez surprenantes allant de la droite autoritaire aux anarchistes.

Une campagne lancée par la CATW(1)

Le 25 janvier 2006, La Coalition Contre la Traite des Femmes (CATW) a lancé une campagne internationale intitulée : « Acheter du sexe n’est pas un sport« . (2)
Que dit cette campagne ? : « Du 9 juin au 9 juillet 2006, 12 villes allemandes accueilleront la coupe du monde de Football. 3 millions de spectateurs environ – majoritairement des hommes – sont attendus ; et l’on estime à 40 000 le nombre de femmes « importées » d’Europe Centrale et d’Europe de l’Est vers l’Allemagne pour les « servir sexuellement ».
L’Allemagne a légalisé le proxénétisme et l’industrie du sexe en 2002. Pourtant les quartiers réservés ne pourront contenir les milliers de touristes sportifs/sexuels prévus. En prévision de cet afflux, l’industrie du sexe Allemande a érigé un gigantesque complexe prostitutionnel en prévision du « boom commercial » durant la Coupe du Monde.
« Le football et le sexe vont de pair » déclare l’avocat du nouveau méga bordel de 3000 m², pouvant accueillir 650 clients masculins, construit à côté du principal stade de la Coupe du Monde à Berlin . Sur des zones clôturées de la taille d’un terrain de football, on a construit des « cabanes du sexe » ressemblant à des toilettes appelées, « cabines de prestation ». Capotes, douches et parking sont à la disposition des acheteurs avec un souci particulier de protéger leur « anonymat »
. »
Cet extrait constitue l’introduction de la pétition de la CATW qui a recueilli à ce jour 121.763 signatures (3).On voit que les arguments évoqués sont capables de rassembler une centaine de milliers de pétitionnaires. Qu’une mobilisation avec un large éventail politique, comme ce fut le cas à l’occasion de la guerre en Irak, soit possible n’a rien de surprenant par contre qu’elle puisse avoir lieu à propos une légende urbaine (4), voilà qui est source d’intéressantes recherches.
Une autre légende urbaine, ayant le même objectif ( discréditer la légalisation de la prostitution en Allemagne ) avait constitué une sorte de ballon d’essai en février 2005, sans avoir l’ampleur prise par celle-ci : il s’agissait alors de prétendre qu’une chômeuse allemande serait obligée d’accepter un emploi de prostituée, sous peine de voir ses allocations supprimées (5). En matière de légende l’imagination ne manque pas.
Quelles sont les informations données par la CATW pour justifier la nécessité d’une campagne de protestations à l’occasion de la Coupe du monde de football ?
40.000 femmes vont être importées des pays de l’Est pour servir sexuellement les millions de spectateurs du Mundial. Le méga-bordel installé pour l’occasion ne contenant que 650 places, on a érigé des zones clôturées de la taille d’un terrain de foot pour y parquer ces femmes qui devront servir sexuellement les hommes dans des cabanes du sexe.
L’image est saisissante de ces femmes, véritables esclaves sexuelles, importées comme du bétail, enfermée dans des camps clôturés et obligées de force à assouvir les instincts sexuels de supporters mâles et avinés. Quoi de plus révoltant en effet.
Mais à y regarder de plus près, les pseudo-informations ne sont que de la désinformation.

Les 40.000 : un chiffre surgit de nulle part

Selon la CATW, « on estime » à 40.000 le nombre de prostituées importées, quel est ce « on », on ne le saura jamais, car ce chiffre ne sort de nulle part, comme dans toutes les légendes urbaine, la source de l’information ne peut jamais être déterminée, évidemment puisqu’il s’agit d’une légende.
En essayant tout de même d’y voir plus clair sur le début de cette affaire de désinformation, on peut en retrouver des traces dans la presse allemande.(6)

D’après la Newsletter Haw-Hamburg c’est en avril 2005 que Ulrike Hauffe, animatrice du Comité des femmes de la ville de Brême a donné ce chiffre de 40.000 prostituées supplémentaires, lors de l’assemblée des délégués des villes allemande puis l’a communiqué à la presse tout en reconnaissant qu’il s’agissait d’une pure spéculation.(7). Puis la revue féminine Emma transforme les 40.000 travailleuses du sexe supplémentaires en « Zwangsprostituierte » ( prostituées forcées ) (8)
Le Conseil des femmes allemandes lance, de son côté une campagne contre la prostitution forcée à l’occasion du Mundial mais précise ( « Le coup de sifflet final-Mettons fin à la prostitution forcée ( 9) : « L’initiative « Coup de sifflet final – Mettons fin à la prostitution forcée » veut profiter de la Coupe du Monde de football pour attirer l’attention du grand public sur ce problème. Elle n’est pas dirigée contre la prostitution légale et choisie. Les droits existants pour les prostituées doivent être élargis. Ils doivent offrir de meilleures conditions de travail, soutenir le choix personnel des prostituées et éviter la stigmatisation sociale. Nous sommes tous responsables du respect des droits des prostituées : la société en général et les clients en particulier doivent les traiter avec respect. »
Cette campagne ne s ‘appuie pas sur l’annonce de l’arrivée des 40.000 prostituées forcées : « À l’occasion de la Coupe du Monde, la demande de services sexuels augmentera, comme on l’a vu lors de grands événements comparables. Des organisations de femmes et de défense des droits de l’homme craignent que le trafic d’êtres humains à des fins sexuelles (prostitution forcée) augmente également. »
La rumeur a poursuivi son bonhomme de chemin : on est passé de 40.000 prostituées supplémentaires à l’occasion du Mundial, à 40.000 prostituées forcées, puis à 40.000 prostituées forcées venus des pays de l’Est (campagne de la CATW), sans que cela repose sur aucune étude sérieuse ni sur aucun chiffrage fiable.

La désinformation concernant les « cabanes du sexe » dans des zones clôturées

Contrairement à ce que pourrait laisser penser la pétition de la CATW, les « cabanes du sexe » n’ont pas été crées par les proxénètes pour exploiter les prostituées venues de l’Est. Ces zones protégées sont mises en place par les municipalités, soucieuses d’améliorer le sort des femmes se prostituant au bord des routes.
C’est à Cologne en 2002 que ce système dit modèle « Utrechter »** a été introduit. Qu’en est-il exactement ? Ce dispositif est destiné aux prostituées victimes de la drogue essentiellement et qui sont peu touchées par les associations de soutien et de prévention puisqu’elles travaillent au bord des routes où le danger d’agression est plus fort qu’ailleurs.
A la fin des années 90, les autorités de la ville tentèrent de contrôler cette zone de prostitution où l’on retrouvait des seringues infectées et de la déplacer arbitrairement mais ce fut un échec. C’est après une concertation qu’en mai 2001, le conseil municipal a décider d’implanter des modèles « Utrechter ». Environs 300 femmes se regroupèrent sur une zone de la dimension d’un terrain de football. Huit « cabines de prestation » équipées d’alarme et d’une porte de secours ont été installées. Grâce à cet endroit protégé, sur les 300 prostituées, 60 ont accepté d’être suivies par les associations d’aide.(10)
La ville de Dortmund a choisi de mettre en place le même dispositif à l’occasion du Mundial sur un terrain désaffecté des chemins de fer : une vingtaine de « cabines de prestation » y seront installées avec du côté passager un bouton déclenchant une alarme. Environs 400 prostituées travaillent sur les bords des routes de Dortmund sont concernées par la mesure.(11)
Le concept du modèle « Utrechter » n’a donc rien à voir avec l’exploitation des femmes par les proxénètes mais constitue une tentative des municipalités pour sécuriser le travail des prostituées travaillant au bord des routes et pour leur permettre d’être soutenues par des associations de prévention alors qu’elles sont encore dans le monde de la drogue.
Les animatrices de la CATW ne peuvent ignorer cette réalité, l’amalgame et la présentation tronquée de ce dispositif sont une tentative de désinformation, pour susciter l’émotion.

Le lobbying de la CATW en France : de la droite aux anarchistes.

Directrice pour l’Europe de la Coalition internationale contre la traite des femmes et la prostitution, Malka Marcovich va développer un lobbying très efficace et tous azimuts de la droite à l’extrême gauche.
Concernant la droite et le gouvernement, elle rencontre le ministre de la jeunesse et des sports pour faire connaître la campagne. Visiblement l’opération est couronnée de succès puisque François Lamour le ministre non seulement lui adresse des « Chère Malka » mais semble prêt à l’aider autant qu’elle le souhaite : « A l’époque, chère Malka, je vous avais demandé, en quoi pouvais-je être utile ? »(12). Ce lobbying efficace aboutit à la diffusion d’un clip sur les chaînes de télévision(13), quant à François Lamour il « entre en campagne contre la traite des femmes » (14). Le site web de l’UMP, par la plume de Roselyne Bachelot ajoute sa touche à la pétition « Acheter du sexe n’est pas un sport » (15). Le Secours catholique n’est pas en reste et fait de même (16)
Mais le lobbying de la CATW ne s’arrête pas à la droite, en effet selon l’Humanité : « Interpellés par la Coalition internationale contre la traite des femmes (CATW), le PCF, le PS, les Verts, l’UDF et l’UMP étaient invités à prendre position. ». Ce qui fut fait puisque : « Les cinq principales formations politiques françaises demandent la fermeture des maisons closes avant l’ouverture du Mondial »(17) et le lundi 29 mai, une conférence de presse organisée par la « Coalition against trafficking in women » (Coalition contre la traite des femmes), réunit des représentants de l’ensemble de la classe politique (PS, Verts, UMP, PCF, UDF) (20)
Le journal l’Humanité est d’ailleurs un relais particulièrement zélé puisqu’il publie une interview de Malka Marcovich (18) et plusieurs articles sur le même sujet.
Non seulement la campagne « acheter du sexe n’est pas un sport » est relayées par les 5 principaux partis politiques toutes tendances confondues(19) mais « la gauche de la gauche » est également mise à contribution : la CATW s’alliant avec deux organisations féministes ( la Coordination Française Marche Mondiale des Femmes et le Collectif National Droits des Femmes ) réussit à réunir une vaste coalition pour organiser une manifestation le 30 mai 2006 devant l’ambassade d’Allemagne. On notera au passage que deux groupes libertaires sont signataires de l’appel ( Alternative libertaire et Femmes Libres de Radio Libertaire ).( 23)
De son côté la LCR reprend à son compte l’information fantaisiste des 40.000 femmes «importées » d’Europe centrale et d’Europe de l’Est.(21), les Alternatifs recopient presque mots à mots le texte de la pétition de la CATW (22).La Fédération anarchiste sort un tract intitulé « Non à la coupe du monde du foutre » reprenant à sa façon et d’une manière assez surprenante la légende urbaine sur l’arrivée massive de prostituées venues de l’Est et … d’Amérique latine : « Ainsi, le plus grand bordel d’Europe, Artémis, peut accueillir à Berlin, 650 clients pour 100 prostituées et ce n’est que le premier d’un marché florissant. La conséquence directe de la création d’Artémis est l’arrivée de milliers de prostituées venues des pays économiquement dépendants (Europe de l’est mais aussi de l’Amérique latine). »(24)
Soulignons qu’Artémis n’héberge que 40 à 80 prostituées et que sa capacité va jusqu’à 210 clients par jour (25). On se demande bien où un tel établissement hébergerait des milliers de prostituées venues de l’Est ou d’Amérique du Sud.
Comment expliquer que le lobbying de la CATW ait réussi à mobiliser derrière sa campagne « Acheter du sexe n’est pas un sport » un tel éventail de la gauche extra-parlementaire et de l’extrême-gauche ? C’est que ces organisations suivent systématiquement et pour ainsi dire les yeux fermés tout ce que disent deux groupes féministes, la Coordination Française Marche Mondiale des Femmes et le Collectif National Droits des Femmes, le choix de la CATW de s’associer à ces deux groupements lui assurait ensuite la signature d’une cohorte d’organisations qui ne prit sans doute pas la peine de vérifier les informations, d’autant que le sujet était politiquement correct et n’engageait à pas grand chose, tout en permettant de se donner une bonne image.

Quelques voix discordantes qui ne furent pas écoutées :

Les voix discordantes essayant de garder raison et de mettre en doute la validité de cette campagne furent peu nombreuses. SOS Femmes Accueil émit des doutes et son propos mérite d’être reproduit : « 40.000 femmes victimes de la traite forcées de se prostituer pendant la coupe du monde de football à Berlin : une rumeur ?
La pétition « acheter du sexe n’est pas un sport » lancée par la Coalition Contre la Traite des Femmes (CATW) a fait le tour du web et des médias. Le texte indique que « l’on estime à 40.000 le nombre de femmes « importées » d’Europe Centrale et d’Europe de l’Est vers l’Allemagne pour (…) « servir sexuellement » 3 millions de spectateurs environ – majoritairement des hommes
« . Selon le magazine Envoyé Spécial diffusée sur France 2 le 18 mai 2006, ces « informations » pourraient être une simple rumeur répandue par une association qui lutte contre la prostitution et sa réglementation. Aucune des investigations menées par les journalistes, tant auprès des autorités de police chargées de la lutte contre la traite des êtres humains, des associations, des prostituées travaillant actuellement à Berlin, de certains gérants d’Eros Centers, etc., n’a permis ni de confirmer les informations ni de comprendre comment le chiffre (énorme) de 40.000 femmes avancé par la Coalition Contre la Traite des Femmes (CATW) avait été évalué. »(26)
Le blog de Caroline Bruneau « Berlin, Berlin, ma vie à l’Est » donne de son côté une explication sur le calcul pour aboutir au chiffre de 40.00 : « Quant au chiffre de 40000 prostituées, il est le résultat d’un malin petit calcul, suivez-moi bien :
-il y a 40 millions d’hommes allemands
-or il y a 400 000 prostituées en Allemagne
-or on attend 4 millions de supporters
-donc mathématiquement le nombre de filles augmentera de 40 000.
Bien tourné, n’est-il pas?
»(27)

Avec la fin de la coupe de monde de football, voyons ce qu’il en est réellement de la vague des 40.000 prostituées forcées.

L’Arlésienne : mais où sont-elles donc passées ?

Selon une dépêche de l’AFP du 10 juin 2006 : « En dépit de prévisions alarmistes, la police allemande et les associations spécialisées n’ont constaté pour l’heure aucune recrudescence de la prostitution forcée à l’occasion du Mondial de football… » . « Pour le chef de la police criminelle de Hambourg (nord), Detlef Ubben, cité jeudi par l’édition en ligne du magazine Der Spiegel, « rien n’indique que le milieu (des proxénètes) se soit particulièrement préparé à la Coupe du monde ». D’ailleurs, avec 2400 prostituées déjà installées dans la ville hanséatique, il ne reste plus beaucoup de place pour de nouvelles arrivantes, a-t-il souligné. »
A propos des 40.000 : « « C’est une rumeur, un chiffre totalement exagéré », s’emporte Nivedita Prasad, d’une organisation berlinoise d’aide aux femmes en détresse « Ban Ying » (« Maison des femmes » en thaïlandais). « Les proxénètes n’ont aucun intérêt à faire venir des filles uniquement pour la Coupe du monde. Pour cinq semaines, ça ne vaut pas le coup« , explique-t-elle à l’AFP.(28).
Selon une dépêche d’AP. : « A Cologne, Burkhard Jahn, porte-parole de la police, souligne que « la hausse attendue n’a pas eu lieu ». Selon lui, la ville n’a noté aucune augmentation significative du nombre de prostituées et les maisons closes locales ont rapporté que leurs pensionnaires « étaient toutes désoeuvrées ». ». « La plupart des villes hôtes estiment que la prostitution est restée à un niveau normal durant la compétition, alors que Nuremberg a fait état d’une progression de 10% du nombre de prostituées légales. Munich a également signalé une forte hausse de leur nombre au début du tournoi, mais qui n’a pas duré. »
« Au début de la Coupe du monde nous avons observé une hausse de 50% à 60% » des prostituées déclarées, a précisé Peter Breitner, de la police de Munich. Mais « la plupart des femmes sont retournées chez elles, et nous sommes revenus à un niveau normal. » » (29)
La police allemande n’a donc jamais trouvé ces fameuses 40.000 prostituées forcées, parquées dans des zones clôturées, simplement parfois une hausse temporaire du nombre de prostituées légales, provoquée sans doute pas des déplacements à l’intérieur de l’Allemagne.
Mais les partisans des campagnes pour des causes imaginaires ne désarment jamais : certes, les 40.000 ne seraient pas au rendez-vous mais ce serait du à la campagne de prévention des associations abolitionnistes ou à la campagne contre la prostitution forcée qui aurait contraint le gouvernement allemand à agir en faisant descendre la police dans les lieux de prostitution : « Une agence suédoise et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) ont attribué ce résultat aux efforts préventifs engagés par la police allemande et par des activistes oeuvrant contre le trafic d’êtres humains. » « Selon les chercheurs, les autorités allemandes, qui ont subi des pressions de l’Union européenne, des Etats-Unis et du Vatican, ont multiplié les descentes dans les sex shops et les maisons closes pour sévir contre ce trafic avant la Coupe du monde. »(30)
Le problème, c’est que lors des descentes de police celle-ci n’a pratiquement rien trouvé, seulement des immigrées sans papiers, n’ayant rien à voir avec la prostitution, qui ont été expulsées : « Le seul moyen que la police connaît contre le commerce humain, c’est la descente de police. En Hesse, Bade-Wurtemberg, Rhénanie-Palatinat et Bavière, des centaines des agents de police passent le milieu au peigne fin depuis début mai. Ils ont trouvé surtout des femmes qui travaillent illégalement en Allemagne, parce qu’elles n’ont pas de permis de travail ou de séjour. Mais elles sont ici volontairement. Des prostituées forcées n’ont été découvertes jusqu’ici que rarement. » (31)
Une question se pose : comment en est-on arrivé là et pourquoi ? Comment une rumeur a-t-elle pu mobiliser la quasi totalité des forces politiques de la droite à l’extrême-gauche dans un tel unanimisme ? Le moment le plus savoureux de ce psychodrame collectif étant certainement la séance du 4 avril 2006 qui s’est tenue à l’assemblée nationale (37) où une députée du PCF, ayant sans doute bien étudié ses dossiers, déclara à propos d’Artémis : « Cette entreprise du sexe, comme l’évoquent fièrement ses concepteurs, « la plus grande maison close du monde », est conçue sous la forme d’une succession de « cabanes » ressemblant à des toilettes qui pourront accueillir jusqu’à 100 prostituées et 650 clients à la fois. » Les lecteurs curieux pourront à l’occasion aller voir les photos des « cabanes » en lisant différents reportages consacrés à Artémis (32) : des « cabanes » avec piscine intégrée, voilà qui n’est pas commun ! Au domaine de la confusion, la légende urbaine est reine !

Une hystérie politique ?*

Pour tenter de trouver une explication à ce délire collectif ne reposant sur aucun fait précis mais uniquement sur la construction fantasmatique d’une légende urbaine, je propose l’éclairage donné par Emmanuel Terray sur l’hystérie politique (33).
« Qu’est-ce que l’hystérie politique ? Soit une communauté confrontée à une situation ou à un problème difficiles, qui mettent profondément en cause, sinon son existence, au moins sa manière d’être et la représentation qu’elle se donne d’elle-même. Si elle ne trouve pas en son propre sein l’énergie et les moyens nécessaires pour transformer cette situation ou résoudre ce problème, si en conséquence elle se sent à la fois menacée et impuissante, elle peut être tentée par une sorte de conduite de fuite ; de la situation réelle qui la met à l’épreuve, elle va se fabriquer une image déformée et fantasmatique ; au problème réel dont elle ne vient pas à bout, elle va substituer un problème fictif, imaginaire, construit de telle sorte qu’il puisse être traité avec les seules ressources du discours et par le seul maniement des symboles. Comme il est toujours possible de parler et de jouer sur les symboles, la communauté peut ainsi se donner à bon compte le sentiment qu’elle a vaincu la difficulté, et recommencer à vivre comme avant. »

C’est un euphémisme de dire que la question de la prostitution n’est pas résolue en France entre deux positions qui aboutissent au même résultat : faire disparaître sa manifestation publique soit parce qu’elle constitue un scandale pour les bonnes moeurs et le voisinage ( version Sarkozy de la répression du « racolage passif » ) soit parce qu’elle est une offense à l’idéologie de l’amour et du couple ( version PS de la pénalisation du client ), le tout bien sur pour l’intérêt des prostituées que l’on écoute uniquement si elles sont « repenties ». Nous voilà bien avec un problème difficile mettant en cause la représentation que nous avons de nous-même : le couple et l’amour, deux piliers de notre construction sociale moderne, « menacés » par l’existence même de la prostitution et un refus de regarder la réalité en face (34). Le Mundial a fourni l’occasion de la création d’une image fantasmatique : celle de l’arrivée de 40.00 prostituées forcées venues des pays de l’Est, importées par des réseaux de traite humaine. Ce problème fictif, puisque totalement inventé par un lobby victimiste va permettre à toutes les forces politique de le traiter par le discours ( et de ce point de vue le débat reproduit ci-dessous à l’assemblée nationale est sans doute le plus intéressant ) et par le recours au symbole de la femme victime, symbole particulièrement porteur en termes de reconnaissance politique puisqu’il est repris par toutes les forces politiques de la droite à l’extrême-gauche, sans être discuté ni analysé (35). Pétitionner, discourir sur une situation fictive, permet ensuite de vivre avec une situation inchangée et qu’on refuse de voir : celle des prostituées en France et de la répression dont elles sont l’objet. Protester contre un événement fictif présente également un double avantage : celui de gagner à coup sur. En effet la plupart (et processus de médiatisation aidant ) des personnes mobilisées par cette action sont déjà passées à autre chose et ne se préoccupent plus de la question, pour les plus investis et qui veulent voir le résultat, il suffira de dire que la campagne menée a eu une vertu de prévention, le gouvernement allemand ayant pris des mesures sous la pression de l’opinion. Nous avons vu que la police n’a pas constaté l’arrivée sur le territoire allemand des cohortes de prostituées tant attendues par les victimistes mais que des femmes sans papiers ont fait les frais de l’opération.
Emmanuel Terray ajoute : « Bien entendu, dans tous les cas évoqués, l’effet de la conduite hystérique n’est pas de dissiper le danger qui presse ou de résoudre le problème posé ; bien au contraire, elle représente vis-à-vis d’eux une sorte d’aveu d’impuissance. Mais elle permet au sujet individuel ou collectif de gagner du temps, de déguiser le danger ou le problème, de les mettre en quelque sorte à distance et ainsi de vivre avec eux, aussi longtemps du moins qu’ils demeurent chroniques et ne connaissent pas d’aggravation brutale. »
Il explique également par quel procédé le problème réel peut-être mis entre parenthèse : « le problème initial continue donc d’attirer l’attention par ses effets, et il reste toujours quelques observateurs épargnés par l’hystérie pour rappeler son existence. Dans l’hystérie collective, il y a donc moins refoulement que neutralisation, selon ce que j’appellerais volontiers la technique du « coup de chapeau donné en passant » : le problème initial est certes évoqué, mais un artifice rhétorique vient bientôt le mettre en quelque sorte entre parenthèses, et le discours peut alors se tourner vers le problème de substitution et poursuivre son cours comme si de rien n’était. ».

Reste une question : comment une rumeur a-t-elle pu envahir à ce point tout le corps social, toutes les formations politiques sans restriction ? C’est que toutes fonctionnent selon le même principe de la division des tâches et de l’expertise. Division des tâches entre hommes et femmes : aux hommes les question importantes ( l’économie, la politique ) aux femmes les questions dites secondaires ( la famille, les enfants, la santé ) et de la droite à l’extrême gauche la reproduction de cette division n’est pas remise en cause. Elle ne l’est pas non plus par le lobby victimiste qui l’utilise à son profit dans une stratégie de pouvoir ( avec la complicité du machisme traditionnel des hommes politiques ). En effet grâce à l’expertise, les femmes sont devenues dans les formations politiques les expertes de ces questions. Ainsi il n’est plus besoin d’en discuter, il suffit de s’en remettre au savoir des expertes (36 ). Pouvoir d’autant moins contesté que le lobby victimiste utilise une rhétorique a la fois très agressive et culpabilisatrice.

Alors que cette campagne avait pour objectif de protéger des prostituées contre la traite des femmes, ce sont les plus vulnérables d’entre elles, les femmes sans papiers qui furent expulsées d’Allemagne à l’occasion des descentes de police à la recherche de prostituées forcées fantasmatiques. Mais qu’importe il fallait avoir bonne conscience.

Libertad

Notes :
(1)Lire à ce sujet : http://endehors.org/news/8136.shtml
(2)Voir le site crée à cette occasion : http://catwepetition.ouvaton.org/php/index.php
(3)Chiffres à la date du 17 juin 2006
(4)A propos des légendes urbaines, lire :
http://www.hoaxbuster.com/interviews/detail.php?idInterview=3186
(5)http://endehors.org/news/7228.shtml
(6)Taz du 4 janvier 2006 http://www.taz.de/pt/2006/01/04/a0139.1/text
(7)Newsletter Haw-Hamburg du 9 mai 2006, article d’Emilija Mitrovic http://newsletter.haw-hamburg.de/modules.php?op=modload&name=News&file=article&sid=632&mode=thread&order=0&thold=0
(8)Emma janvier-février 2006 http://www.emma.de/06_1_zwangsprostituierte_wm.html
(9)http://www.frauenrat.de/files/abpfiff_unterschr_fbg_frz.pdf
(10)Taz du 25 février 2005 http://www.taz.de/pt/2005/02/25/a0001.1/text.ges,1
(11)WM 2006 im Ruhrgebiet http://www.wm2006do.de/Prostituierte_und_die_WM.135.0.html?&tx_jppageteaser_pi1%5BbackId%5D=6
(12)Discours de François Lamour lors de la présentation du clip
(13)Nouvel Obs.com http://archquo.nouvelobs.com/cgi/articles?ad=sport/20060524.FAP8591.html&host=http://permanent.nouvelobs.com/
(14)Libération du 24 mai 2006 : http://www.liberation.fr/page.php?Article=384707
(15)http://www.u-m-p.org/site/actualite.php?IdActualite=1210&ActualiteType=Tribune*
(16)http://www.secours-catholique.asso.fr/action_internationale/europe_824.htm
(17)http://www.humanite.presse.fr/journal/2006-05-30/2006-05-30-830714
(18)http://www.humanite.presse.fr/journal/2006-05-30/2006-05-30-830656
(19)Pour le PS lire : http://www.parti-socialiste.fr/tiki-index.php?page=060508_05_communique
(20)http://www.parti-socialiste.fr/tiki-index.php?page=CoupeDuMondeProstitution
(21)http://www.lcr-rouge.org/article.php3?id_article=4069
(22)http://www.alternatifs.org/presse/journal/241.pdf
(23)http://www.solidaires.org/article9043.html
(24)http://public.federation-anarchiste.org/breve.php3?id_breve=50
(25)Le Temps du 24 mai 2006 : http://www.letemps.ch/template/recherche.asp?page=rechercher&contenuPage=afficheArticle&edition=&rubrique=
(26)http://www.sosfemmes.com/archives_bulletin_info/archives_2006.htm
(27)http://berlin.blog.20minutes.fr/archive/2006/06/09/juste-une-mise-au-point.html
(28) http://www.cyberpresse.ca/article/20060610/CPACTUEL/606100529/0/MVCOURSE et http://www.20minutes.fr/articles/2006/06/10/dossier_Pas_de_recrudescence_apparente_de_la_prostitution_forcee.php
(29)http://www.tqs.ca/sports/2006/07/S070513AU.html
(30)http://permanent.nouvelobs.com/sport/20060704.FAP7116.html
(31) Courrier international n°813 du 1er juin 2006-Article de Die Tageszeitung, Berlin Taz 22/05/2006 http://www.taz.de/pt/2006/05/22/a0114.1/text
(32)http://www.24heures.ch/vqhome/le_journal/sports/dossier_coupe_du_monde/XXXCMS_Bordel_230606.edition=rc.html et aussi http://news.bbc.co.uk/2/hi/europe/4765351.stm
(33)La question du voile : une hystérie politique : http://www.amis.monde-diplomatique.fr/article.php3?id_article=303

(34)De nouvelles zones de non droit : des prostituées face à l’arbitraire policier : http://www.lesputes.org/ldh.pdf
(35)La critique du symbolisme de la femme victime n’est pas une remise ne cause des violences que subissent les femmes mais une critique de l’identification entre femme et victime
(36)La méthode utilisée au PS pour y intégrer dans son programme vers 1h30 du matin sans le moindre débat, la pénalisation des clients des prostituées est symptomatique de ce fonctionnement
(37)http://www.assemblee-nationale.net/12/cri/2005-2006/20060188.asp

* « Elle ( l’hystérie politique ) atteint sinon l’ensemble, du moins la grande majorité des membres de la communauté, y compris, parmi eux, de très nombreux individus qui, sur le plan personnel, demeurent parfaitement sains et équilibrés, même lorsqu’ils se font les agents actifs de sa propagation. » ( 33)

**C’est la ville D’Utrecht qui est à l’origine de ce concept.

Annexe : débat à l’assemblée nationale (37)

Attitude de la France vis-à-vis de la prostitution organisée à l’occasion de la Coupe du Monde de football
M. le président. La parole est à Mme Muguette Jacquaint, pour exposer sa question, n° 1548, relative à l’attitude de la France vis-à-vis de la prostitution organisée à l’occasion de la Coupe du Monde de football.
Mme Muguette Jacquaint. Monsieur le ministre de la jeunesse, des sports et de la vie associative, du 9 juin au 9 juillet prochain, douze villes allemandes accueilleront la Coupe du Monde de football. Pour l’occasion, un gigantesque complexe de 3 000 mètres carrés, dont Mme de Panafieu a d’ailleurs déjà parlé, a été ouvert à Berlin il y a plusieurs mois. Celui-ci a pour vocation d’offrir, en majeure partie aux hommes, les prestations de prostituées.
Ce complexe a été appelé « Artémis », une provocation lorsqu’on sait qu’il s’agit du nom d’une déesse grecque ayant fait vœu de chasteté et de virginité ! Cette entreprise du sexe, comme l’évoquent fièrement ses concepteurs, « la plus grande maison close du monde », est conçue sous la forme d’une succession de « cabanes » ressemblant à des toilettes qui pourront accueillir jusqu’à 100 prostituées et 650 clients à la fois.
Ce centre viendra en appoint aux quartiers réservés qui existent depuis la légalisation du proxénétisme et de l’industrie du sexe en 2002. En Allemagne, les proxénètes sont en effet assimilés à des « gérants » et les prostituées à des « travailleuses du sexe ».
Il est à prévoir que cette dix-huitième Coupe du Monde de football battra tous les records en matière de racolage, puisque l’on évoque le chiffre de 40 000 femmes « importées » des pays de l’Est, d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie.
Face à cet afflux massif de prostituées, la fédération allemande de football a décidé de réagir par une campagne baptisée « Coup de sifflet final ». Menée en partenariat avec le Conseil national allemand des femmes, elle dénonce les risques réels de prostitution forcée et de traite d’êtres humains. Cette campagne vient de recevoir l’appui du Parlement européen. De son côté, le commissaire européen à la justice a suggéré de rétablir l’obligation de visa pour certains pays pendant la période de la Coupe.
Ces initiatives contre la prostitution forcée vont dans le bon sens, mais elles se refusent malheureusement à dénoncer la prostitution officielle qui explosera littéralement à l’occasion de cet événement sportif.
Hélas, quand la prostitution est légalisée, la prostitution illégale ne décroît pas, bien au contraire ! Comme le reconnaît la BKA, l’Office fédéral de la police criminelle, « il est en effet très difficile de faire la part entre la prostitution légale et la prostitution illégale ». C’est pourquoi je me permets de vous interpeller, monsieur le ministre.
La France a ratifié les conventions contre la prostitution et la traite. Compte-t-elle condamner cette prostitution organisée comme contraire aux valeurs sportives d’égalité, de respect mutuel et de non-discrimination ? A-t-elle protesté officiellement, ou va-t-elle le faire, auprès du gouvernement allemand contre l’ouverture de tels centres ?
La France et la Fédération française de football s’honoreraient à se dissocier publiquement de cette initiative allemande d’organiser la prostitution à grande échelle en marge de la Coupe du Monde. (Applaudissements.)
M. le président. La parole est à M. le ministre de la jeunesse, des sports et de la vie associative.
M. Jean-François Lamour, ministre de la jeunesse, des sports et de la vie associative. Madame Jacquaint, depuis mon arrivée au ministère des sports, en 2002, j’ai mené une politique volontariste qui vise à réaffirmer et à défendre les valeurs du sport. C’est au nom de ces valeurs et de principes éthiques que je promeus le modèle d’organisation du sport français reposant sur l’unité entre sport amateur et sport professionnel, sur la complémentarité entre le haut niveau et un sport accessible au plus grand nombre, notamment aux publics en difficulté. Je me fais du sport une haute idée – je crois que ce sentiment est largement partagé dans cet hémicycle –, car il signifie avant tout le respect de la personne humaine. Or, la prostitution et la traite constituent une négation de ce respect.
J’ai évoqué cette grave question avec Mme Ursula von der Leyen, ministre allemande de la famille, des personnes âgées, de la femme et de la jeunesse, lors du dernier sommet franco-allemand qui s’est tenu à Berlin le 14 mars dernier. Je lui ai d’ailleurs adressé un courrier à la suite de cette rencontre. Mme de Panafieu a, de son côté, signé une pétition contre la construction de cet équipement destiné à la prostitution.
Je me suis également entretenu avec Mme Malka Marcovich, directrice pour l’Europe de la Coalition contre la traite des femmes, organisation internationale qui bénéficie d’un statut consultatif auprès de l’ONU sur les questions de la prostitution.
Sur un plan pratique, j’ai pris l’initiative, avec le président de la Fédération française de football, de m’adresser aux passionnés de football français susceptibles de se rendre en Allemagne pour la Coupe du Monde de football. Un message sera ainsi délivré au public à l’occasion des matchs amicaux de préparation à la Coupe du Monde qui se joueront au Stade de France et peut-être dans d’autres stades français à compter du mois de mai.
Madame la députée, vous pouvez compter sur mon engagement et ma détermination pour rappeler que le sport ne doit jamais être associé à des entreprises à ce point étrangères à son esprit et contraires au respect de la personne humaine. (Applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union pour un mouvement populaire.)
M. le président. La parole est à Mme Muguette Jacquaint.
Mme Muguette Jacquaint. Je vous remercie, monsieur le ministre, de cette réponse. De nombreux élus, associations de femmes et sportifs tiennent en effet à montrer que, en aucun cas, le sport ne peut être associé à cette entreprise de traite des êtres humains. En réponse aux milliers de pétitionnaires, il fallait que cela doit dit très clairement. Votre communiqué donnera une bonne image de la France.

Mis en ligne par libertad, le Mardi 18 Juillet 2006,

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A propos Thierry Schaffauser

Queer, sex worker, drugs user, student in Gender History, GMB trade unionist, migrant, wants to change the world, etc
Cet article a été publié dans Allemagne, Chiffres, Evénements sportifs & internationaux, Traite des êtres humains. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

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